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Témoignage #4

Je suis née dans une famille de deux enfants dont je suis l'aînée. Mon père était médecin au sein de l'armée au grade de capitaine. Son travail était d'assurer le soutien médical de proximité des militaires (armée de terre). Il travaillait a Rutshuru soit à Bunangana. 

Ma mère était femme de ménage. Pendant le régime du Président Joseph KABILA, nous avons déménagé avec toute la famille dans la province du Nord Kivu dans la ville de Goma, chef-lieu de la province suite à la profession de mon père (mutation). Dès notre arrivée à Goma en 2009, mon père nous avait averti que cette province était dangereuse, nous ne sortions qu'en cas de nécessité 

En 2012, la ville de Goma a été attaquée par le mouvement du 23 Mars que nous appelons le M23. En 2012 et en 2013, j'ai été victime de viol par ces rebelles, je me suis rendue à l'hôpital les deux fois. Je suis tombée enceinte de mon second bourreau.

En juillet 2014, j'ai accouché de jumeaux, une fille et un garçon, je ne les ai jamais allaitės, c'était un moment sombre de ma vie. Lorsque mes enfants sont nés, je n'étais pas en capacité de m'occuper d'eux correctement, c'est donc ma mère qui s'en occupait. C'était une période durant laquelle je souffrais énormément, je suis tombée malade et j'ai eu des pertes de mémoire à cause de mes traumatismes. J'avais l'impression de revivre continuellement ces souvenirs qui m'ont causé ces souffrances, ma vie s'est écroulée, une peine qui traverse mon âme, mon esprit et mon corps. 

A partir de 2016, je commençais à aller mieux, malheureusement au mois de novembre 2017, mon père a été accusé d'avoir apporté de l'aide aux rebelles du M23, l'armée congolaise l'a alors assassiné. Ils l'ont exécuté à la maison, mon grand cousin a essayé de le défendre et ils l'ont également abattu. Je ne sais pas où sont enterrés mon père et mon cousin. Ils voulaient exterminer toute notre famille, ils étaient à notre recherche parce qu'on connaissait leur visage et la maison a été détruite. 

A partir de cet instant, ma famille et moi nous nous sommes dispersés, chacun s'est enfui pour sauver sa vie. 

Quant à moi, je suis allée voir un prêtre de la paroisse, il était aussi de la famille et il m'a aidé à quitter le pays cachée dans sa voiture jusqu'en Afrique du Sud. Je suis parvenue à entrer en Afrique du Sud au mois de janvier 2018, dès mon arrivée, l'ai demandé l'asile. 

En 2018 au mois d'avril, j'ai obtenu une protection temporaire de trois mois renouvelable plusieurs fois. J'ai alors cherché du travail afin de subvenir à mes besoins malgré la barrière de la langue. J'ai trouvé un bar dans lequel j'ai travaillé à Sunny side. Je ne connaissais pas mon employeur et je ne pouvais pas me douter de ce qu'il entreprenait à côté de cette activité.

En 2020, avec la crise de la Covid 19, je n'ai pas été en mesure d'obtenir le renouvellement de ma protection, je me suis retrouvée en situation irrégulière. Mon employeur m'a proposé d'aller travailler dans un autre de ses bars à Alexandra et il m'a dit qu'il allait me donner un logement. 

A partir de là, j'ai été séquestrée et exploitée sexuellement pendant trois années 

En 2021, il y a eu un mouvement xenophobe dans le pays, l'opération dudula. N'étant pas en situation régulière, mon employeur me menaçait de me dénoncer puisque l'opération était menée pour expulser les étrangers. 

Je ne pouvais ni m'échapper ni refuser de lui obéir, il était armé et me menaçait de mort. Il me disait que personne ne me viendrait en aide car j'étais étrangère, je devais donc obéir à tout ce qu'il me demandait. 

En Mai 2023, un client m'est venu en aide vu ma vulnérabilité, il m'a assuré qu'il allait me sortir de là. Je n'avais pas d'argent à lui donner, j'ai dû sacrifier les bijoux que j'avais gardé en souvenir de mes parents. 

Le 26 mai 2023, il m'a aidé à m'échapper à bord d'une voiture, nous avons traversé la frontière, je peine à me souvenir des étapes de ce trajet, j'étais sous le choc et traumatisée. Je ne faisais que de monter dans des avions avec lui jusqu'à arriver ici en France. 

Récemment, mon ancien employeur m'a envoyé des messages sur whatsapp, ce sont des menaces de mort. Je crains pour ma vie si je devais retourner en République Démocratique du Congo ou en Afrique du Sud. Je n'ai plus de nouvelles de ma famille, je n'ai personne dans ces deux pays dans lesquels j'ai été persécutée, je crains un traitement inhumain. 


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