PLAIDOYER : PROSTITUTION DES MINEURS




PROTÉGEONS NOS ENFANTS !



Le phénomène de prostitution des mineur.e.s est en constante augmentation ces dernières années. Il est temps de réagir !


L’association Equipes d’Action Contre le Proxénétisme et d’aide aux victimes (EACP) a été fondée en 1956 et reconnue d’utilité publique par le gouvernement en 1970. Nous accompagnons au quotidien des victimes de prostitution. Ainsi, nous sommes constamment confrontés au phénomène prostitutionnel et nous faisons le même constat : nous accueillons dans nos locaux de plus en plus de jeunes majeur.e.s, victimes de prostitution depuis leur minorité. Ce n’est donc pas un phénomène nouveau.



Sans qu’un chiffre précis puisse être donné, les associations intervenantes estiment qu’entre 7 000 et 10 000 mineur.es sont exploité.es sexuellement en France. Des attitudes prostitutionnelles sont parfois signalées dans les établissements scolaires dès la classe de 5ème, soit entre 12 et 13 ans.

N’oublions pas que l’article 1er de la Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU énonce qu’un enfant est un être humain âgé de moins de dix-huit ans. Quand on parle de prostitution de mineur·es, on parle de prostitution d’enfants !

Il est désormais temps d’agir. C’est pourquoi notre association a décidé de mettre en exergue différents points qui permettraient d’endiguer ce phénomène.




I- Défaire les stéréotypes par l’éducation


Contrairement à l’image de la prostitution qui peut être diffusée dans notre société, elle n’est pas un moyen d’ascension sociale. La prostitution constitue des violences physiques et psychologiques très importantes et dont les conséquences se ressentent à long terme. Il est dès lors impossible de croire que la prostitution est voulue.

L’éducation à la sexualité à l’école est très importante et doit rendre compte du vrai visage de la prostitution et de son point de départ : L’”escorting” et le “michetonnage” sont des actes prostitutionnels.



II- Renforcer la répression


Sans client ni proxénète, la prostitution n’existerait pas. L’application de peines dissuasives s’impose. Aujourd’hui, les proxénètes sont généralement condamnés à des peines moins lourdes que pour du trafic de stupéfiants.

Les clients quant à eux ne sont que trop peu condamnés et se cachent derrière leur ignorance de la minorité de la victime pour éviter que cette circonstance aggravante ne leur soit appliquée. C’est pourquoi nous proposons de mettre en place une présomption simple de connaissance de la majorité de la victime qui pèse sur le client.



III- Renforcer les moyens d’enquête


Les réseaux de prostitution utilisent les mêmes méthodes que celles utilisées dans les réseaux de trafic de stupéfiants. La plupart des opérations se déroulant en ligne, le nombre de cyberpatrouilleurs doit être augmenté afin de permettre aux services de police d’agir dans les meilleurs délais et les meilleures conditions.

La plupart des enquêtes sont confiées à des brigades chargées de lutter contre le proxénétisme et le trafic de stupéfiants. Cette dernière donne des résultats plus rapides, elle est ainsi généralement privilégiée par les enquêteurs au détriment de la lutte contre la prostitution. C’est pourquoi la création et le recours systématique à une brigade spécialisée dans la prostitution des mineur.es nous semblent s’imposer.



IV- Améliorer l’accompagnement de la victime mineure


La prostitution est très déshumanisante et entraine une perte de l’estime de soi. Dans l’accompagnement des victimes, il est primordial de travailler sur ces deux aspects, notamment en faisant systématiquement intervenir un psychologue.

En outre, il faut aménager les centres d’accueil afin que ceux-ci puissent garantir un accueil 24 h/24 puisque, dans le cas d’une victime isolée, le réseau de proxénètes peut apparaître comme la seule solution d’hébergement.


La prostitution s’accompagne souvent d’une consommation importante d’alcool et de stupéfiants. Il est indispensable d’accompagner la victime dans un processus de sevrage.



V- La place des parents dans la procédure


De nombreux parents regrettent leur solitude lors de la découverte de la situation prostitutionnelle de leur enfant. Il faudrait donner plus de visibilité aux institutions capables de les épauler.

La prostitution se déroule désormais majoritairement en ligne. Une formation des parents sur les dangers des réseaux sociaux nous paraît nécessaire afin d’être plus vigilants quant à l’utilisation qu’en font leurs enfants.


D’un autre côté, nous pensons qu’impliquer systématiquement les parents dans la procédure peut s’avérer contreproductif. Dans le cas où la victime mineure en fait la demande, sa situation ne sera pas portée à la connaissance de ses parents mais un administrateur ad hoc sera désigné pour l’accompagner. Pour une plus grande efficacité et une meilleure protection de la victime, nous demandons à ce que les associations spécialisées dans la lutte contre la prostitution puissent être désignées administrateur ad hoc.



VI- Encadrer les sites internet et les réseaux sociaux


Les contacts et annonces prostitutionnelles se déroulent désormais principalement sur les réseaux sociaux ou sur des sites internet. Le site perçoit une rémunération sur chaque annonce postée. Ainsi, il a été estimé que 40 à 50 % du chiffre d’affaires du site Vivastreet provenait des annonces prostitutionnelles. En tirant profit de la prostitution, ces sites se comportent comme des proxénètes et doivent donc être considérés comme tel.


D’autres sites ou réseaux sociaux, tels que Mym ou Onlyfans, permettent la diffusion de contenu pornographique en direct moyennant une certaine somme d’argent versée par le client. La législation en vigueur ne permet pas de qualifier ces pratiques de prostitutionnelles puisqu’il n’y a pas de contact physique. Néanmoins, la prostitution consiste à satisfaire les besoins sexuels d’autrui et tel est bien le cas de ces pratiques. Il s’agit donc de prostitution.


La définition actuelle de la prostitution ne prend pas en compte cette nouvelle forme de prostitution en ligne. C’est pourquoi nous pensons qu’une nouvelle définition est nécessaire afin d’englober plus largement les comportements prostitutionnels, notamment les relations de nature sexuelle sans contact telles que les pratiques précitées.




Aymeric Chenet.

01/10/2021



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