Exploitation sexuelle de mineures à Bordeaux
- Equipes Action Contre le Proxenetisme
- 17 oct.
- 2 min de lecture
Cet été, deux jeunes hommes ont été condamnés par le tribunal de Bordeaux pour proxénétisme impliquant notamment deux jeunes filles âgées de 18 et 19 ans.
À la suite du procès, dans lequel les EACP se sont portées partie civile, notre présidente, a pu s’entretenir avec le journal Sud Ouest. Cette prise de parole a été l’occasion de rappeler plusieurs faits essentiels.
Cette affaire à Bordeaux met en lumière un phénomène de plus en plus inquiétant : depuis 2015, et plus encore depuis la crise sanitaire, l’âge des victimes de prostitution a chuté pour atteindre autour de 15 ans, parfois même 12 ans. Les proxénètes profitent de leur innocence en les approchant sur les réseaux sociaux. Souvent, ils se font passer pour des garçons intéressés, les séduisent, les font tomber amoureuses, puis leur proposent une rencontre. C’est au cours de celle-ci que la réalité les rattrape, les faisant basculer dans un cercle particulièrement néfaste.
Les réseaux sociaux sont également devenus un outil central dans la recherche de clients. Les proxénètes sont de plus en plus nombreux à utiliser des sites comme OnlyFans pour publier leurs annonces : on peut en compter jusqu’à 30 000 par jour. En général, le rendez-vous est fixé dans une location ou un logement Airbnb, qui changent régulièrement, ce qui contribue à l’invisibilisation du phénomène.
Ces nouveaux espaces d’échanges ont profondément modifié les pratiques des proxénètes : la prostitution de rue disparaît peu à peu au profit d’un proxénétisme de proximité, présent partout en France, y compris dans les zones les plus reculées.
La prostitution implique souvent de nombreuses passes que le corps d’une mineure ne peut tolérer. C’est alors que toutes sortes de drogues et d’alcool entrent en jeu, comme ce fut le cas dans l’affaire de Bordeaux. Ces addictions permettent aux jeunes filles d’avoir l’impression de supporter l’horreur de la situation, tout en donnant aux proxénètes un contrôle toujours plus fort sur elles, renforcé par une véritable emprise psychologique.Même après les procès, il faut du temps pour qu’elles se libèrent de ces addictions et de l’emprise de leur proxénète. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elles peuvent réaliser que ce qu’elles ont vécu n’avait rien de normal. Il est également nécessaire de déconstruire le mythe de la « glamourisation » de la prostitution, très ancré chez certaines jeunes filles, qui y voient un moyen facile de gagner de l’argent — au prix de leur équilibre mental et physique.
Cette emprise explique que de nombreuses victimes, dont celles de l’affaire de Bordeaux, refusent de témoigner, car elles n’ont pas conscience de la gravité de leur situation ni des dommages subis. À cela s’ajoutent souvent les menaces proférées par les proxénètes à leur encontre ou contre leur famille, les poussant au silence.Le fait de nous porter partie civile à leurs côtés permet à certaines de trouver malgré tout le courage de parler. Grâce aux dommages et intérêts obtenus, nous finançons les frais de justice, les salaires des professionnels de l’association, ainsi que les psychologues qui accompagnent les victimes.
Cette prise de parole nous rappelle que la prostitution peut aujourd’hui toucher n’importe quelle jeune fille, et qu’il est impératif d’intensifier la lutte également sur le terrain de la cybercriminalité.


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